Que seraient nos existences sans incident, sans anicroche...
... sans grain de sable dans les rouages trop bien huilés de
la
mécanique humaine ?
Et tous ces dérapages, que l’on appelle des
« pépins » sont autant de petites
graines que l’on sème pour en récolter
les fruits, emplis eux-mêmes d’autres
pépins…
Mais avant toute chose, l’auteur nous livre dans ce recueil
de nouvelles les fruits de son imagination fertile… en
rebondissements.
Voici un court extrait de l'un de ces "Pépins de
raison" :
- Excusez-moi monsieur, où se trouve la Joconde ?
Le vieux gardien, au visage fermé à double tour,
avait
dû entendre plusieurs milliers de fois cette question, et
avait
dû y répondre aussi souvent avec le même
manque
d’humanité.
-Suivez les flèches… grommelait-il, en
désignant
distraitement l’un des petits panonceaux
sérigraphiés qui indiquaient, en effet, la
direction de
la salle où se trouvait la célèbre
toile de
Léonard de Vinci.
-Merci monsieur. Vous serez récompensé de votre
extrême amabilité, répondit le visiteur
prenant
aussitôt la direction indiquée, au son du
grincement
entêtant de ses semelles en caoutchouc que sollicitaient les
grandes enjambées d’échassier
qu’il faisait
à chaque pas.
Le gardien ne répondit rien. Il se contenta
d’observer
l’homme avec curiosité.
C’était un grand
monsieur qui devait avoir la quarantaine, tout à fait bien
vêtu et paraissant parfaitement
équilibré.
Son grand imperméable beige, de bonne coupe, lui
conférait une certaine allure que confirmait le port
d’une
cravate club, très bien assortie au complet bleu
pâle
qu’il portait avec élégance. Son
apparence
contrastait, il est vrai, avec les tenues bariolées des
touristes, avec celles des étudiants et promeneurs de tout
genre
qui se pressaient, en ce samedi après-midi, aux portes du
temple
de la peinture classique.
Lorsqu’il trouva enfin la grande salle où se
trouvait
exposé le fameux chef-d’œuvre,
l’homme ne put
s’empêcher d’exprimer à haute
voix sa
satisfaction :
-Ah ! Te voilà enfin !
